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L'économie est une des principales incertitudes pour
Erdogan
*
Les sondages placent l'opposant Kilicdaroglu devant le
chef de
l'Etat
*
Une défaite d'Erdogan ramènerait la Turquie vers son passé
laïque
*
Ses opposants craignent une reprise en main de la part du
président
par Samia Nakhoul
ISTANBUL, 12 mai (Reuters) - Pendant plus de deux
décennies, le président Recep Tayyip Erdogan a régné sur les
élections en Turquie.
A l'heure où les sondages le placent au coude-à-coude pour
le scrutin de dimanche avec son rival de l'opposition, Kemal
Kilicdaroglu du Parti républicain du peuple (CHP), il est
difficile d'imaginer pour ses détracteurs que celui qui a régné
avec une main de fer sur le pays puisse admettre sagement sa
défaite et quitter son poste sans broncher.
L'incertitude, l'anxieté, le doute et la tension sur l'issue
du scrutin se font sentir dans les rues du pays. Chez les 85
millions d'habitants, beaucoup ont des envies de changement.
La Turquie a été frappée par une inflation galopante, une
monnaie qui s'est effondrée et un déclin observé dans les
conditions de vie, en plus du séisme de février qui a dévasté le
pays, faisant plus de 50.000 morts et des millions de sans-abri.
Les sondages placent Kilicdaroglu légèrement en tête, encore
plus depuis le retrait d'un autre candidat, Muharrem Ince, jeudi
mais Recep Tayyip Erdogan pourrait trouver son salut dans sa
traditionnelle base de soutien, la classe ouvrière.
Ceux qui ont observé l'émergence de Recep Tayyip Erdogan et
la consolidation de son pouvoir ces trente dernières années
avancent qu'il pourrait s'accrocher à la tête de l'Etat et même
utiliser des ressources étatiques pour s'octroyer une victoire
étriquée ou remettre en question une défaite serrée.
"Il pourrait contester un scrutin qui n'est pas en sa faveur
ou si l'écart est marginal, mais il ne pourra pas faire grand
chose si l'opposition remporte une victoire écrasante. Il est au
plus bas dans sa carrière politique", affirme l'éditorialiste
Kadri Gursel.
"Dire ‘il ne partira jamais de son poste’ en cas de défaite
ne se base sur aucun fondement", souligne de son côté un
dirigeant proche de la présidence, ajoutant que chaque camp
pourra faire appel si des irrégularités sont observées lors du
scrutin.
Pour être élu président au premier tour, il faut recueillir
plus de 50% des voix. Si aucun d'entre eux ne parvient à
franchir cette barre, les deux candidats devront se départager
lors d'un second tour, scénario le plus envisageable.
LE NOUVEAU SULTAN
Dirigeant le plus influent depuis Mustafa Kemal Ataturk, le
fondateur de la Turquie moderne, Recep Tayyip Erdogan a
concentré les pouvoirs, muselé la dissidence, emprisonné les
opposants et repris en main les secteurs des médias, de la
justice et de l'économie, en renvoyant trois directeurs de la
banque centrale en deux ans.
Il a fait le ménage dans l'armée avec des procès à
répétition et la tentative de coup d'Etat contre lui en 2016 a
mis au jour une dissidence parmi les généraux du pays.
Ses opposants le comparent à un sultan, dont l'ambition est
de rivaliser avec Ataturk dans les manuels d'histoire. Avec son
Parti de la justice et du développement (AK Parti), rangé sous
l'étiquette d'islamo-conservateur, il a éloigné la Turquie de
son passé laïque, loin des idéaux de son illustre prédécesseur.
Surtout, les économistes attribuent l'inflation - +85% l'an
dernier - et la crise financière à la gouvernance des autorités.
Beaucoup de Turcs éprouvent des difficultés pour se nourrir,
payer l'école ou leur loyer, notamment à cause de la chute de la
livre turque.
Il semble loin le temps où Erdogan, arrivé au pouvoir en
2003, était salué, même par ses détracteurs, pour avoir fait de
la Turquie une puissance régionale, développé de nouvelles
infrastructures, écoles, hôpitaux, routes, amélioré le sort des
classes populaires et le revenu par habitant.
Ses critiques reprochent toutefois aussi à Recep Tayyip
Erdogan d'avoir créé, à la faveur de cette ère prospère, une
nouvelle classe d'oligarques et d'entrepreneurs corrompus, les
"Tigres anatoliens".
En plus d'une économie désormais dans la tourmente, l'image
du président turc a été ternie après le séisme de février par la
lenteur de la réponse des autorités qui a provoqué la colère des
habitants.
Une défaite de Recep Tayyip Erdogan à la présidentielle
pourrait ramener le pays vers son passé démocratique et laïque,
comme l'a promis Kilicdaroglu en assurant vouloir libérer les
institutions de l'emprise de l'Etat.
Une victoire de l'actuel président pourrait mener à une
répression parmi ses opposants politiques et les institutions
indépendantes, craignent ses détracteurs.
"Il y a le sentiment que tout dépend des caprices d'une
personne, que toutes les décisions sont prises par le président
Erdogan, des moindres détails aux affaires d'Etat. Et les gens,
même ceux qui l'aiment, en sont venus à considérer cela comme un
danger", déclare Asli Aydintasbas, chercheuse à la Brookings
Institution.
"Qu'il gagne ou pas, j'ai l'impression que l'ère Erdogan est
terminée. La société turque est prête à tourner la page",
assure-t-elle.
(Reportage par Samia Nakhoul et Orhan Coskun; version française
Zhifan Liu, édité par Jean-Stéphane Brosse)
Maître des scrutins, Erdogan vacille avant la présidentielle
information fournie par Reuters 12/05/2023 à 11:25
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